BIENNALE DE L'ADEA 1999
(Johannesburg, Afrique du sud, 5-9 décembre 1999)
« Education en Afrique - Réussites et innovations
: l'Afrique parle ! »
Rapport de la biennale 1999 de l'ADEA
Les systèmes éducatifs en Afrique ne
sont pas que source de problèmes et d'échecs. Il y
a aussi des expériences valables que l'on peut prendre pour
exemple et partager. Depuis 1998, l'ADEA a entamé un processus
engageant les ministres de l'éducation à travers toute
l'Afrique à regarder en arrière, à évaluer
et à analyser ce qui avait réussi dans leurs pays.
La biennale a été le point culminant de plus d'une
année de travail mené par les équipes régionales
et les groupes de travail de l'ADEA. Cet exercice a produit une
riche moisson de connaissances basées sur l'expérience,
qui aidera les pays à construire sur des réalisations
passées et présentes.
Tous les deux ans, l'ADEA organise une réunion
majeure réunissant tous les ministres de l'éducation
de l'Afrique subsaharienne, des représentants des agences
de développement, des chercheurs et des professionnels de
l'éducation. Les biennales sont l'occasion, pour les ministres
africains de l'éducation et leurs partenaires en développement,
d'établir des liens et d'échanger des informations,
dans un climat professionnel et informel. Chaque réunion
est centrée sur un thème en rapport avec les politiques
éducatives.
Mettre en évidence les réussites
Cette année, le thème était «
Education en Afrique - Réussites et innovations : l'Afrique
parle », La réunion, ouverte par le Président
d'Afrique du sud, S.E. Thabo Mbeki, s'est tenue à Johannesburg
du 5 au 9 décembre 1999. Elle était coordonnée
avec la Conférence EFA-2000 pour l'Afrique subsaharienne.
La biennale de l'ADEA a mis en évidence des interventions
(projets, innovations, programmes, politiques, etc,) venant de l'Afrique
et ayant apporté des solutions aux trois défis majeurs
que doit affronter l'éducation en Afrique : l'accès,
la qualité et le développement des capacités.
Dans ce but, un exercice ambitieux, intitulé « Bilan
prospectif de l'éducation en Afrique subsaharienne »
fut lancé en 1998. Les ministres de l'éducation de
tous les pays d'Afrique subsaharienne furent invités à
identifier les expériences éducatives qu'ils considéraient
comme des réussites. Des équipes nationales ont ensuite
entrepris de documenter ces expériences et de rédiger
des rapports. Il en est résulté une riche moisson
d'études de cas venant de 25 pays et 5 groupes de travail.
A Johannesburg, une série de panels où
les chefs d'équipes nationales jouaient un rôle central
se sont intéressés aux études de cas. Les études
couvraient un large éventail de sujets tels que (pour n'en
citer que quelques-uns) : l'accès à l'éducation
de base pour les communautés nomades au Nigéria ;
un enseignement des sciences coût-efficace dans les écoles
secondaires du Zimbabwe ; le problème du manque d'enseignants
qualifiés au Botswana et sa résolution; l'amélioration
de l'accès à l'éducation grâce à
une plus grande implication des communautés dans l'entretien
et la gestion des écoles à Madagascar ; la gestion
professionnelle et de carrière des enseignants auxiliaires
récemment recrutés au Sénégal, les systèmes
d'information sur la gestion de l'éducation en Namibie et
en Côte d'Ivoire ; les écoles communautaires au Mali,
au Burkina Faso, au Burundi, à Madagascar, au Sénégal
et autres pays.
et les raisons des réussites
Un document de synthèse résumant et
tirant des enseignements des expériences a été
distribué durant la biennale. Non seulement ce document donne
une vue générale de toutes les études de cas,
mais il met en lumière les tendances, stratégies et
facteurs clés qui facilitent le développement de l'éducation
de la région. Ainsi, les expériences de l'Afrique
du sud, du Zimbabwe, de la Namibie et de l'Ouganda montrent que
la démocratisation et le souci de la qualité ont été
des catalyseurs puissants pour le développement de l'éducation.
Les cas du Botswana, du Liberia, de la Namibie et de l'Ouganda montrent
que la vision politique, la conviction et l'engagement ont propulsé
ces pays vers l' avant, leur permettant de progresser malgré
un contexte pauvre en ressources et en capacités. Parmi les
autres facteurs positifs cités figurent : une bonne perception
des besoins réels ressentis par la population et l'élaboration
de solutions pour répondre à ces attentes ; la disponibilité
des gouvernements à accueillir d'autres prestataires d'enseignement,
y compris les communautés ; la disponibilité de l'expertise
nécessaire ; le réseautage et le développement
de communautés professionnelles panafricaines ; des politiques
et programmes basés sur l'analyse et des données ;
l'élaboration de politiques et programmes sur une base consultative
impliquant différents acteurs.
Et ensuite ?
Le bilan prospectif n'a pas seulement pour but de
réunir des études de cas sur des réussites.
Son objectif à long terme est de mettre en route un processus
grâce auquel les éducateurs et responsables politiques
pourront tirer des leçons des expériences et les mettre
à profit au niveau pratique. L'objectif est également
de favoriser le développement d'une « culture »
qui trouve des solutions et des réponses politiques au sein
même du contexte africain.
Cette approche constructive a été très bien
accueillie par les ministres et autres participants de Johannesburg.
Le Président Thabo Mbeki dans son discours, a déclaré
que « mettre en évidence les expériences africaines
de nos systèmes éducatifs qui ont réussi est
une contribution nécessaire au développement de l'Afrique
». Il a incité les responsables à réformer
les systèmes éducatifs, afin qu'ils reflètent
les besoins de la région et à libérer l'esprit
des apprenants en bâtissant « un univers mental qui
leur soit propre, pour le progrès et la prospérité
de l'Afrique ».
Il est apparu cependant, que de nombreuses études
de cas gagneraient à fournir des preuves concrètes
de réussite et une analyse plus approfondie. Par exemple,
peu d'études fournissent des preuves concrètes et
une analyse plus détaillée de l'amélioration
des résultats éducatifs à la suite des interventions.
De nombreuses études de cas manquent d'informations sur les
coûts et le financement des interventions. Ceci révèle
la faiblesse de l'analyse financière qui doit encore faire
son chemin dans la « culture » des ministres de l'éducation
africains. Ces commentaires furent repris par le Forum des Ministres
africains de l'éducation qui s'est réuni pendant la
biennale.
Par ailleurs, il a été suggéré
que des études mettant en valeur des initiatives s'attaquant
au problème du Sida soient entreprises. Alors que le Sida
est en train de saper les progrès réalisés
dans de nombreux pays, aucune étude de cas décrivant
des expériences relatives à cette maladie n'a été
faite. A Johannesburg, les ministres de l'éducation ont demandé
que de telles initiatives soient mises en lumière.
Le travail sur le bilan prospectif va se poursuivre.
Les pays n'ayant pas encore participé à l'exercice
ont été invités à partager leurs expériences
nationales. Les pays qui ont déjà contribué
aux études de cas ont été priés d'améliorer
leurs études en se basant sur les commentaires faits à
Johannesburg. L'ADEA les rendra disponibles sur son site Web (www.adeanet.org).
Le rapport de synthèse qui a été distribué
à Johannesburg est disponible en ligne et sera régulièrement
mis à jour au fur et à mesure que le travail avancera.
A propos de la biennale
Un numéro spécial de la Lettre d'information
de l'ADEA donnant un compte-rendu détaillé de la réunion
de Johannesburg sortira en avril (Vol 12, n°2, avril - juin
2000). La Lettre d'information présentera des articles sur
le déroulement de l'événement, les réunions
annexes (dont les réunions des groupes de travail de l'ADEA)
et la couverture médiatique.
Le programme de
la réunion, le document de synthèse
distribué et les études de cas présentés à Johannesburg sont disponibles en ligne.